L' exposition temporaire

Jusqu’au 30 septembre

Enfance(s) : Apprendre, lire, jouer… 

Enfance au musée de Ferrières

Le protestantisme, une confession cérébrale, intellectuelle, sans images, sans spectacle, sans sensualité, pense-t-on souvent. Un musée du protestantisme : un lieu rempli de livres et de textes, en noir et blanc, pour visiteurs adultes très diplômés et cultivés, pense-t-on aussi.

C’est faux.

Et l’exposition de l’été 2022 au musée de Ferrières va en administrer la preuve une fois encore. Ceux qui connaissent déjà le musée peuvent en témoigner : outre qu’il est un brillant  monument ultra-moderne en parfaite harmonie avec un paysage de prés et de forêts de montagne, ses murs sont remplis de couleurs, et ses vitrines également.

Et nous faisons bien plus en cet été 2022, à l’occasion de notre exposition sur l’enfance. C’est l’âge des couleurs, des jeux, des jouets ; celui, aussi, de l’école, de l’instruction et de l’éducation. Il a fallu aux Eglises savoir attirer, séduire, former les enfants puis les adolescents. Et il faut à un musée, aujourd’hui, savoir pareillement attirer et séduire les enfants, et leurs parents, en leur montrant combien la science peut être ludique, et le jeu instructif, et combien un musée peut appartenir à la grande famille des parcs d’attraction, osons l’écrire !

Aussi trouverez-vous à Ferrières les éléments les plus sérieux que vous êtes en droit d’attendre d’un lieu didactique et scientifique, et aussi les éléments les plus ludiques qui donneront à vos enfants ou petits-enfants l’envie de commencer à jouer sur place (ce qui sera possible sur le jeu de l’oie dessiné à l’extérieur du musée, ou avec une tablette permettant de s’initier à l’affaire Calas).

Vous vérifierez que la Réforme a été également, d’emblée, une réforme scolaire, alphabétisante, lisante, écrivante. En vous souvenant de cette phrase profonde d’un Luther : si je n’étais pas pasteur, je serais maître d’école (Guizot aurait pu dire quasiment la même chose, en inversant la formule…). Et en notant que bien des dirigeants de l’école laïque à la Jules Ferry, et plusieurs des auteurs de ses manuels importants, étaient protestants. Mais vous avez le droit de préférer Babar, du protestant Jean de Brunhoff, ou Maya l’abeille, un livre publié par les protestants qui dirigeaient les éditions Stock, aux livres de morale de Ferdinand Buisson ! La « BD » a par ailleurs pu diffuser des messages très politiques et sérieux, vous le vérifierez face de splendides exemplaires anciens des albums du dessinateur alsacien Hansi.

Vous saurez tout, ou presque, grâce à des mannequins, garçon et fille, habillés de pied en cap et dotés de tout le matériel nécessaire (l’aventure ne se tente pas sans un équipement adéquat), de la saga toujours vivante du scoutisme.

Si vous avez été lecteur, ou lectrice, de Régine Pernoud, vous découvrirez qu’elle était protestante, et n’a pas été la seule, parmi ses coreligionnaires, à se passionner pour le bébé et la petite enfance ; de la layette à l’école maternelle, les protestant(e)s sont partout. Beaucoup de pédagogues parmi les plus innovants, de Comenius à Piaget, étaient des leurs. Au XXe siècle, l’Ecole alsacienne, l’Ecole des Roches, le Collège Cévenol du Chambon-sur-Lignon, l’école Beauvallon de Dieulefit, sont étroitement liés à des hommes et des femmes « de la religion », comme on aurait dit au XVIIe siècle (grand siècle scolaire protestant, par ailleurs).

Vous avez l’âme sensible ? Vous noterez avec soulagement que le protestantisme a multiplié, spécialement dans notre région (de Castres à Saverdun), les œuvres pour l’enfance, notamment des orphelinats. Et les pasteurs n’ont-ils pas inventé les colonies de vacances, pour permettre aux petits urbains défavorisés de prendre le large et le grand air ? L’extraordinaire fécondité sociale et charitable du protestantisme au XIXe siècle se vérifie ici encore. Le seul  nom de La Force suffirait à le dire.

Et, bien sûr, puisque vous avez gardé une âme d’enfant, comme le conservateur et toute l’équipe de Ferrières, vous allez adorer la collection de jeux et jouets réunie spécialement pour l’exposition : les jouets en bois du Queyras ; les jeux de l’oie bibliques ou missionnaires (un exemplaire rarissime d’un jeu dessiné par un compagnon de mission d’Albert Schweitzer), ou encore parfaitement profanes, car le principal fabricant de jeux de l’oie ou de loto dans la France de la Belle Epoque était un protestant gardois monté faire fortune à Paris ; et… des exemplaires anciens, américain et français (dollars et anciens francs) du… Monopoly, jeu profondément « protestant », en vérité (le protestantisme à la Max Weber, dans son lien presque incestueux avec le capitalisme !).

Oui, venir au musée de Ferrières en cet été 2022 sera l’occasion d’entrer dans le royaume de l’enfance. De telles occasions ne sont pas si nombreuses… Et si vous avez déjà vu et revu Disneyland, l’heure a sonné de découvrir et faire découvrir Ferrières, le must pour les enfants grands et petits de cet été !

Exposition conçue et réalisée par les membres bénévoles du musée.

Exposition Enfances Musée de Ferrières
Exposition 2022 Enfances : Apprendre, lire, jouer au Musée de Ferrières dans le Tarn